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Taverne Montréal

Informations

Période d’activité

1953 – février 1985

Adresse

1415, boulevard Saint-Laurent

La Taverne Montréal était située en plein cœur de la Main. Le secteur était reconnu tant pour sa vie nocturne que pour la présence de réseaux de prostitution, de bars peu conventionnels et de pratiques plus ou moins tolérées, régulièrement visées par les campagnes de moralisation. Elle a été associée à plusieurs épisodes violents, notamment des bagarres, des vols et des tentatives de meurtre. Elle s’est aussi retrouvée mêlée à une affaire impliquant le milieu criminel.

Historique

La Taverne Montréal comptait parmi les principaux lieux de sociabilité homosexuelle de la Main, un secteur populaire et ouvrier où se concentraient de nombreuses tavernes, des cinémas de quartier, des hôtels bon marché, des restaurants et différents lieux de rencontre fréquentés notamment par une clientèle marginalisée ou queer.

Au cours des années 1960 et 1970, la présence de jeunes prostitués masculins y était suffisamment importante pour faire partie de la réputation de l’établissement. Il était aussi courant d’y voir des hommes plus âgés accompagnés de leur serin. Cette réalité distinguait la Taverne Montréal des bars gais plus élégants de l’ouest du centre-ville. L’ambiance y était plus populaire et moins policée, et certains habitués affirmaient s’y montrer plus prudents qu’ailleurs.

Malgré tout, l’établissement demeurait un lieu de rencontre important pour les hommes gais. À une époque où l’homosexualité restait fortement stigmatisée et faisait encore l’objet d’une surveillance policière, la Main offrait davantage de possibilités de fréquentation et de rapprochement que plusieurs autres secteurs de Montréal. Les clients pouvaient ainsi s’y retrouver de manière relativement plus ouverte.

L’intérieur de la Taverne Montréal était simple et au décor typique des tavernes de l’époque. Le local, long et étroit, s’étendait sur environ 155 pieds et pouvait accueillir près de 250 clients assis. Il comprenait une soixantaine de tables avec des chaises en bois, ainsi que deux téléviseurs et un juke-box.

Les toilettes étaient situées complètement au fond. Le fait qu’elles soient à l’arrière avait son importance : les clients pouvaient parcourir toute la longueur de la salle pour observer les hommes présents et se faire remarquer.

La façade était composée en partie de briques de verre, qui laissaient entrer peu de lumière naturelle. L’intérieur demeurait ainsi relativement sombre et ne s’éclairait véritablement que lorsque la porte s’ouvrait.

Source : Montréal-matin (1955)
Source : Montréal-matin (1955)

Le 19 septembre 1960, vers 21 h 30, Lionel Dumais, un barbier de 28 ans, est entré dans la Taverne Montréal et s’est installé près de l’entrée afin de boire une bière avec un autre homme.

Peu après, un individu armé d’une carabine de calibre .22, dont le canon et la crosse avaient été sciés afin d’en faciliter la dissimulation, a fait irruption dans l’établissement. Sans avertissement, il a tiré en direction de Dumais, qui a été atteint au bras gauche, puis a immédiatement quitté les lieux.

Au même moment, deux policiers en civil de l’escouade de la moralité, Jean Desormeaux et Jean-Paul Daigneault, se trouvaient à proximité dans le cadre d’une autre intervention. Après avoir entendu la détonation, ils ont aperçu le suspect sortir de la taverne en courant, l’arme à la main, et se sont lancés à sa poursuite sur le boulevard Saint-Laurent.

En apercevant les policiers, le suspect a ouvert le feu dans leur direction. Les agents ont riposté et environ huit coups de feu ont été échangés dans la rue. La fusillade a provoqué un mouvement de panique parmi les passants, qui ont tenté de se mettre à l’abri.

Au cours de l’échange, Adolphe Leclerc, 58 ans, employé d’un commerce voisin, a été atteint à la cuisse par une balle perdue alors qu’il était sorti pour voir ce qui se passait. Un autre projectile a frappé le réservoir d’essence d’une motocyclette de police stationnée à proximité.

La poursuite s’est poursuivie jusqu’aux abords de la rue Sainte-Catherine, où un troisième policier, Guy Tellier, est intervenu. Le suspect a continué sa fuite, mais a finalement été atteint par quatre projectiles, notamment à l’abdomen, à la poitrine, à la cuisse et au côté gauche. Il a également subi des blessures à la tête ainsi qu’une fracture du bras. Après s’être effondré, il a été maîtrisé sur place. L’homme a été identifié comme Fernand Major, âgé de 31 ans. Les policiers ont retrouvé sur lui la carabine ainsi qu’un couteau de chasse.

Dumais, Leclerc et Major ont été transportés à l’hôpital Saint-Luc. L’état de Major a été jugé grave, tandis que Dumais et Leclerc ont reçu des soins avant d’obtenir leur congé.

Lors de l’enquête préliminaire, Dumais a témoigné pendant une dizaine de minutes dans un état de grande nervosité. Il a affirmé n’avoir jamais vu Fernand Major auparavant, ne pas être en mesure d’identifier avec certitude son agresseur et ignorer pour quelle raison il avait été pris pour cible.

Après avoir entendu la preuve, le juge T.-A. Fontaine s’est dit surpris qu’une seule accusation ait initialement été portée contre Major. Il a ordonné l’ajout d’un chef d’accusation pour avoir mis en danger la vie d’autrui en déchargeant une arme à feu. Major a ensuite été renvoyé à procès devant la Cour du banc de la Reine.

L’événement est survenu dans un contexte déjà tendu sur le boulevard Saint-Laurent, où un meurtre avait été commis la veille.

Le 21 octobre 1961, vers 23 h, des policiers sont intervenus à la Taverne Montréal à la suite d’un signalement de vol. Sur place, deux agents ont interrogé un homme assis dans l’établissement avant de procéder à son arrestation.

André Perrault, propriétaire de la taverne, se trouvait à proximité. Il s’est alors levé afin d’expliquer ce qu’il croyait s’être produit. Selon les faits retenus ultérieurement par la Cour supérieure, les policiers l’ont frappé à l’aide de leurs matraques, l’ont brutalisé, puis l’ont poussé vers la sortie avant de l’arrêter.

Perrault a été transporté à l’hôpital St. Luke, où il a reçu des soins pour d’importantes blessures à la tête, puis a été conduit au poste de police. Des accusations ont été portées contre lui, mais elles ont été abandonnées dès le lendemain devant la cour municipale.

À la suite de l’incident, Perrault a intenté une poursuite en dommages. Il a notamment soutenu avoir subi des blessures à la tête et au cerveau, avoir été humilié devant plus de 200 personnes présentes dans l’établissement et avoir souffert de détresse nerveuse.

En Cour supérieure, le juge André Demers a conclu que les deux policiers avaient agi sans justification et avaient brutalisé Perrault. Il les a tenus responsables des blessures subies et a accordé à ce dernier une somme de 1 000 $, soit 750 $ en dommages et 250 $ pour les frais juridiques.

La poursuite intentée contre la Ville de Montréal a toutefois été rejetée. Dans son jugement, le juge Demers a néanmoins formulé des critiques à l’égard de la manière dont la défense de la Ville avait été menée.

 

Le 11 mai 1963, la Ville de Montréal a annoncé qu’elle refusait de renouveler les permis de plusieurs établissements du boulevard Saint-Laurent pour l’année financière ayant débuté le 1er mai. La décision avait été prise sur recommandation du directeur du Service de police, J. Adrien Robert, qui avait invoqué l’emplacement de ces commerces, leur caractère jugé antisocial ainsi que les facteurs criminogènes associés à leur exploitation. La Taverne Montréal figurait parmi les établissements visés.

Cette décision s’inscrivait dans la politique d’assainissement des mœurs publiques poursuivie par l’administration de Jean Drapeau depuis son retour à la mairie en 1960. Déjà durant son premier mandat, de 1954 à 1957, son administration s’était attaquée aux maisons de jeu, aux maisons closes et aux loteries. Avec Lucien Saulnier, président du comité exécutif, elle avait maintenu un contrôle étroit sur les établissements nocturnes, particulièrement nombreux sur le boulevard Saint-Laurent.

Saulnier avait précisé que les établissements visés ne constituaient qu’une première liste et que d’autres pourraient suivre. Selon lui, ceux-ci fonctionnaient désormais sans permis et aucune autorisation ne leur serait accordée pour l’année en cours, en raison notamment d’activités illégales qui auraient été constatées à l’intérieur. Il avait également annoncé que la Ville engagerait des procédures judiciaires une fois les formalités complétées.

Interrogé sur la possibilité d’assouplir ces mesures durant la saison touristique, Saulnier avait soutenu que seule une faible proportion des visiteurs fréquentait les clubs de nuit et les restaurants-grillades. Il estimait par conséquent que la fermeture des établissements visés ne nuirait pas à l’image touristique de Montréal.

Malgré le refus de renouvellement de son permis, la Taverne Montréal a continué ses activités, comme plusieurs autres établissements de la Main.

À la fin des années 1960, les difficultés financières de la Taverne Montréal se sont accentuées. André Perrault, qui exploitait alors l’établissement, s’est retrouvé aux prises avec plusieurs créanciers.

En août 1968, une procédure judiciaire engagée par Abe Feldman, Isa Dore Richer et Saul Moss a mené à la saisie d’une partie du matériel de la taverne. Les trois hommes d’affaires montréalais, actifs dans les secteurs de la fourrure et du vêtement, cherchaient à récupérer des sommes qui leur étaient dues. Le 9 septembre, un huissier a procédé à la vente des biens saisis directement dans l’établissement. Deux téléviseurs, une caisse enregistreuse et un appareil de climatisation figuraient notamment parmi les objets offerts.

Ces démarches n’ont toutefois pas mis fin aux problèmes financiers. En décembre 1969, Richer Realties Inc., propriétaire de l’immeuble, a elle aussi obtenu un jugement contre Perrault. Une seconde vente publique s’est tenue le 8 janvier 1970 à la suite d’une nouvelle saisie de biens.

La succession de ces procédures semble avoir marqué la fin de l’exploitation de la taverne par Perrault. Quelques mois plus tard, celui-ci a mis l’établissement en vente.

Le 5 février 1971, Laurier Gatien, un homme d’affaires montréalais, a acheté la Taverne Montréal. À ce moment, l’établissement ne générait que 500 à 600 $ par semaine et fonctionnait à perte. En quelques mois, Gatien en a réorganisé la gestion, augmenté le chiffre d’affaires et rendu la taverne de nouveau prospère.

Ce regain de succès a rapidement attiré l’attention du crime organisé, alors bien implanté dans les bars et tavernes du secteur. Quelques semaines plus tard, un employé, Michel Farrell, a conseillé à Gatien de rencontrer certains individus liés au racket de protection qui sévissait dans le quartier.

Le 19 juin 1971, trois hommes se sont présentés à la Taverne Montréal pour rencontrer Laurier Gatien : Carl et Donald Lavoie ainsi que Gaétan Bonenfant, tous membres du clan Dubois. Occupé derrière le comptoir, Gatien a d’abord refusé de les recevoir. Les trois hommes sont toutefois demeurés sur place jusqu’à la fermeture, après quoi il a accepté de les rencontrer.

Ils lui ont alors exposé le système de protection en place dans le secteur : « Écoute, il y a une gang qui contrôle le quartier. On a un système de protection. Ce sont les frères Dubois qui dirigent le tout. Tu es le seul qui ne paie pas et tu vas payer. Ça va te coûter 100 $ par semaine. On va aussi placer nos serveurs, qui vont vendre de la drogue ! »

Gatien a refusé catégoriquement leurs conditions et leur a répondu : « La taverne, c’est mon affaire. Il n’y aura pas de vente de drogue ici et j’engagerai qui je voudrai. »

Avant de quitter les lieux, l’un des hommes lui a lancé : « On va te prouver qu’on est sérieux ! Tu liras les journaux demain ! »

Crédit : Jean Goupil / La Presse (1971)

Le lendemain, un double meurtre a fait la manchette des journaux. Vers 4 h 30, deux hommes ont été abattus dans une pièce située à l’arrière du Café Jan-Lou, situé au 1023, boulevard Saint-Laurent, à environ 800 pieds de la Taverne Montréal. Les victimes étaient Louis Fournier, 43 ans, propriétaire du cabaret, dont l’épouse avait donné naissance à un enfant quelques heures plus tôt, et Robert Beaupré, 33 ans, chef d’orchestre de l’établissement. Fournier a été atteint de plusieurs balles à la tête, tandis que Beaupré a été mortellement blessé à l’abdomen.

Dans les jours qui ont suivi, une rumeur a circulé dans le milieu selon laquelle Fournier aurait été assassiné pour avoir refusé de payer la protection exigée. Dans le contexte du racket qui sévissait alors dans le secteur, ce double meurtre a renforcé les craintes entourant les conséquences auxquelles s’exposaient les propriétaires qui refusaient de se soumettre au système de protection.

Peu de temps après, Laurier Gatien a reçu la visite de Michel Sénécal, Louis Pérusse et Charles Ethier, qui lui ont proposé une rencontre discrète avec Claude Dubois dans un motel, affirmant que celui-ci « pouvait mettre fin à ses troubles ». Gatien a accepté le principe d’une rencontre, mais a posé ses conditions : « Si j’accepte de participer à une rencontre, il faut que tout le monde soit là : Dubois, Dubeau, Bonenfant, Lavoie et les autres. Je veux régler la question une fois pour toutes afin qu’il n’y ait aucune ambiguïté. De plus, j’exige que cette rencontre ait lieu dans un endroit public. » Les trois hommes ont refusé : « Ce n’est pas comme ça que les choses se passent ! »

Dans les jours suivants, un serveur surnommé « Patate » s’est présenté à la taverne en affirmant que les frères Dubois et leurs associés lui avaient trouvé un emploi sur place. Devant le refus de Gatien de l’embaucher, il l’a menacé : « Si tu ne m’embauches pas, on va démolir la place. » Gatien l’a mis à la porte. Le lendemain, deux autres hommes se sont présentés avec la même exigence et ont également été renvoyés.

La taverne a ensuite fait l’objet d’un harcèlement répété. Claude Dubois et ses hommes s’y sont présentés régulièrement, provoquant des bagarres, endommageant les lieux et intimidant la clientèle et le personnel. Gatien a lui-même été frappé à plusieurs reprises. Malgré ces pressions, les affaires sont demeurées florissantes et le chiffre d’affaires a atteint environ 2 000 $ par semaine.

Entre avril et juin 1972, quatre serveurs ont quitté leur emploi après avoir été battus ou menacés de mort. Certains auraient notamment été menacés avec un revolver pointé sur la tempe afin de les dissuader de revenir travailler à la taverne.

À une autre occasion, Carl Lavoie s’est installé au bar et a commandé une « 50 spéciale ». Gatien lui a remis la bouteille en lui disant : « C’est 35 cents. » Lavoie ayant répondu qu’il ne paierait jamais, Gatien a répliqué : « C’est regrettable, mais ici, tu paies. » Il a finalement laissé tomber, mais a ensuite ordonné à ses employés d’exiger le paiement à l’avance si Lavoie revenait, ajoutant que « son crédit n’était pas bon ».

Dans le milieu, l’expression « 50 spéciale » désignait également une méthode utilisée pour percevoir les paiements de protection. Le collecteur commandait une bouteille de bière, sous laquelle le propriétaire fixait discrètement un billet de 100 $ à l’aide de ruban adhésif. En récupérant la bouteille, il emportait ainsi l’argent sans qu’un paiement direct soit ouvertement effectué.

Le 4 février 1949, le Club Eagle perd son permis de vente d’alcool à la suite d’une descente de la Régie des alcools du Québec. Les autorités invoquent des « raisons de mœurs », une expression alors utilisée pour désigner des comportements jugés contraires aux normes morales ou sexuelles. Les documents consultés ne précisent toutefois pas les faits reprochés à l’établissement.

L’opération est ordonnée par Hilaire Beauregard, directeur adjoint de la Sûreté provinciale, et dirigée par l’inspecteur général Norbert Labbé.

Le 29 juin 1973, son fils Jean-Pierre, âgé de 27 ans, a quitté la taverne en bonne santé. Il est mort dans la rue. La mort a été attribuée à une thrombose coronaire. Deux autopsies ont été réalisées et aucune n’a révélé d’élément criminel. Malgré cela, Laurier Gatien a continué d’avoir de sérieux doutes sur les circonstances du décès. Il a laissé entendre qu’il pourrait y avoir aiguille sous roche.

Ses soupçons se sont accentués lorsque des membres du gang Dubois lui ont apporté, au salon mortuaire, une couronne de fleurs accompagnée d’une carte où l’on pouvait lire : « J’espère que vous avez creusé le trou assez grand pour le deuxième chien ».

parler du chien

Source : Fonds La Presse - Archives nationales à Montréal (1975)

Le 11 décembre 1975, Laurier Gatien a témoigné devant la Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO). Il y a décrit le système de protection et d’extorsion imposé à certains établissements du centre-ville, ainsi que la prostitution masculine, la vente de drogue et la violence qui entouraient ce milieu. Son témoignage a marqué les audiences par la gravité et la précision des faits rapportés.

Gatien a expliqué que l’intérêt de Claude Dubois et de ses hommes pour la Taverne Montréal venait du fait que, une fois remise sur pied sous sa direction, elle attirait une clientèle nombreuse. Elle constituait ainsi un endroit idéal pour la vente de stupéfiants et l’organisation d’un réseau de prostitution masculine dans le centre-ville.

Le 17 novembre 1984, vers 21 h, Martial Choquette, propriétaire de la Taverne Montréal, a quitté l’établissement avec les recettes de la journée, qu’il transportait dans un porte-documents. À proximité de la taverne, un homme de vingt ans l’a abordé dans l’intention de le voler. Une altercation a éclaté et l’agresseur lui a asséné un coup de poing au visage. Choquette est tombé au sol et a crié « au voleur », attirant l’attention de passants.

Choquette est néanmoins parvenu à se relever et à regagner la taverne par ses propres moyens. Pendant ce temps, un employé de l’établissement s’est lancé à la poursuite de l’agresseur. Il l’a rattrapé, maîtrisé, puis ramené à la taverne, où il a été retenu jusqu’à l’arrivée des policiers. L’homme a été identifié comme Guy Lesiek et placé en état d’arrestation.

Choquette est ensuite retourné à son domicile. Dès le lendemain, les douleurs consécutives à l’agression se sont intensifiées et l’ont contraint à se rendre à l’hôpital, où il a été immédiatement admis. Son état de santé s’est rapidement détérioré. Il est décédé douze jours après l’agression, à l’âge de 64 ans.

Une autopsie a par la suite été pratiquée. Le pathologiste a conclu que les coups reçus au visage avaient causé deux fractures à la colonne vertébrale. Ces blessures ont entraîné des complications qui ont ultimement provoqué un arrêt cardiaque.

 

Procédures judiciaires

Guy Lesiek a d’abord été accusé de meurtre au deuxième degré. Lors de l’enquête préliminaire tenue le 26 février 1985, il a toutefois plaidé coupable à une accusation réduite d’homicide involontaire.

Le 19 avril 1985, il a été condamné à une peine de sept ans d’emprisonnement. Il a ensuite porté cette peine en appel, soutenant avoir été induit en erreur par son avocat lorsqu’il avait plaidé coupable à l’accusation d’homicide involontaire. Il a demandé que son plaidoyer de culpabilité soit annulé et qu’un nouveau procès soit ordonné.

 

Décision en appel

La Cour d’appel du Québec a par la suite examiné le dossier. Après avoir entendu les parties, elle a maintenu le plaidoyer de culpabilité, mais a estimé que la peine de sept ans imposée en première instance était excessive compte tenu des circonstances.

Dans son appréciation de la peine, la Cour a notamment retenu que l’accusé avait vingt ans au moment des faits, que ses antécédents judiciaires se limitaient à deux dossiers de conduite avec facultés affaiblies et qu’il n’était pas armé. Elle a également considéré que, bien que le vol ait été planifié, les éléments du dossier ne permettaient pas de conclure que l’accusé avait prévu le degré de violence qui avait accompagné l’agression.

La peine a ainsi été réduite de sept à cinq ans d’emprisonnement.

La Cour d’appel a toutefois rejeté la demande visant à retirer le plaidoyer de culpabilité. Elle a conclu que rien ne permettait d’établir que celui-ci avait été donné sous la contrainte ou à la suite d’informations erronées et qu’aucun motif ne justifiait la tenue d’un nouveau procès.

Les raisons de sa fermeture n’ont pas pu être établies à partir des documents consultés. Le meurtre de son propriétaire a probablement joué un rôle, mais le contexte de l’époque peut aussi expliquer sa disparition. Dans les années 1980, les tavernes traditionnelles attirent moins qu’auparavant, tandis que de nouveaux bars proposent une offre plus moderne et diversifiée. La vie gaie montréalaise se concentre aussi de plus en plus dans l’est du centre-ville, autour de la rue Sainte-Catherine Est, où le Village prend progressivement forme. La Main, longtemps fréquentée par une clientèle gaie, perd alors une partie de son importance et de son achalandage.