1949 – 1993
New Musician Bowling Alley
Activités
Fondé en 1922, le New Musician Bowling Alley occupait le deuxième étage d’un immeuble. La pièce avant était aménagée avec des tables de billard et de snooker, tandis que la pièce du fond abritait les pistes de bowling. Après chaque lancer, de jeunes employés, appelés pinboys, se tenaient derrière les pistes pour ramasser les quilles tombées et les replacer manuellement.
Maison de jeu clandestine
À la fin des années 1920, le secteur de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent formait l’un des principaux carrefours de la vie nocturne montréalaise. À proximité du Red Light et du quartier chinois, on y trouvait de nombreux théâtres, restaurants, cabarets, clubs et salles de billard qui attiraient chaque soir une foule importante. Plusieurs maisons de jeu clandestines étaient également présentes dans le secteur et faisaient régulièrement l’objet de descentes policières.
C’est dans ce contexte que le 28 septembre 1928, une vaste opération policière a ciblé sept maisons de jeu à Montréal et a entraîné l’arrestation de 92 hommes. Le 162, rue Sainte-Catherine Est figurait parmi les établissements visés, avec Albert Lacasse comme tenancier. Le lendemain matin, les accusés ont comparu devant la Cour du recorder, où ils ont plaidé coupables.
Patrie Billard & Bowling Academy
Activités
Origine du nom
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Club Lafayette
Activités
En 1936, le Club Lafayette a quitté le 152, rue Sainte-Catherine Est, où elle était installée depuis cinq ans, pour s’établir quelques portes plus loin, au 162. Le club réunissait des militants et sympathisants libéraux et servait de lieu de rencontre pour des réunions, des activités partisanes et des rassemblements politiques.
Le nouveau local pouvait accueillir plusieurs centaines de personnes. Parallèlement à ses activités politiques, le Lafayette fonctionnait aussi comme club de nuit, avec de la musique, de la bière et du vin, et des soirées pouvant se prolonger jusqu’au matin.
L’animation musicale était assurée par Duke Lard et ses Mélodiens Lafayette, qui s’y produisaient chaque soir. Des chanteurs invités participaient également à certaines soirées. Des fêtes privées et des événements spéciaux étaient organisés à l’occasion.
Faits divers
Altercation en 1937
Le 19 janvier 1937, Joseph Lapierre, âgé de 30 ans, a été grièvement blessé au cours d’une altercation survenue au Club Lafayette. Transporté à l’hôpital Saint-Luc par la police, il souffrait de profondes coupures et lacérations au visage et à la tête. Une cinquantaine de points de suture ont été nécessaires au nez et au cuir chevelu, et son état a été jugé sérieux.
En route vers l’hôpital, Lapierre a déclaré avoir été blessé lors d’une « bagarre entre amis » et avoir reçu un coup à la tête. Une enquête a été ouverte par le Bureau des détectives, mais aucune arrestation n’a été effectuée dans l’immédiat, les policiers attendant alors de connaître l’évolution de son état.
Infractions
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Effondrement
Le 16 mars 1938, une partie de l’arrière de l’établissement s’est effondrée. Il s’agissait de l’ancienne salle de quilles, un espace que le Club Lafayette n’utilisait déjà plus. Sa toiture, usée par les années, a finalement cédé sous le poids accumulé de la neige, de la glace et de l’eau.
Le propriétaire a répondu avec humour à un journaliste : « Bah, le ciel nous a rendu service. On allait justement payer un démolisseur pour faire “la job”… » La démolition de cette partie du bâtiment était donc déjà prévue avant l’effondrement.
Quelques mois plus tard, une serre destinée au fleuriste La Patrie, le commerce voisin, a été construite à cet emplacement.
Fermeture
Le Club Lafayette a fermé au début de l’année 1938. La date exacte et les raisons de sa fermeture n’ont pas pu être établies à partir des documents consultés.
Club Eagle
Ouverture
Fondé le 20 mai 1938, le Club Eagle a succédé au Club Lafayette.
Infractions
Au Québec, la vente et le service des boissons alcoolisées étaient alors soumis à une réglementation stricte. Selon la catégorie de permis détenue, certains établissements ne pouvaient servir de l’alcool qu’avec un repas, tandis que la vente de spiritueux nécessitait une autorisation particulière. La Régie des alcools procédait régulièrement à des inspections et engageait des poursuites contre les tenanciers qui contrevenaient à ces dispositions.
Le 12 février 1942, cinq exploitants ont comparu en cour pour avoir vendu de l’alcool fort sans autorisation ou servi des boissons sans offrir le repas exigé. Parmi eux figurait J.-H. Hamilton, présenté comme le propriétaire du Club Eagle. Ce dernier a reconnu les infractions et a plaidé coupable. Il a été condamné à une amende de 50 $, à laquelle se sont ajoutés les frais judiciaires, ou à 30 jours de prison en cas de défaut de paiement.
Faits divers
Cambriolage en 1944
Le matin du 15 août 1944, Joseph Hocala, le propriétaire de l’établissement, a constaté que des voleurs s’étaient introduits dans les locaux par l’escalier de secours. Ils ont emporté 250 $, ainsi que des cigarettes et des boissons alcoolisées évaluées à environ 90 $.
Agression en 1945
Le soir du 5 avril 1945, Alexandre Payette, âgé de 68 ans, a été violemment agressé au bas de l’escalier menant au Club Eagle. Selon son témoignage, deux hommes l’ont assommé avant de lui dérober 4 $.
Une employée du club, alertée par du bruit provenant de l’escalier, est descendue et a découvert Payette assis près de la porte extérieure, baignant dans son sang. Elle a également affirmé avoir vu les deux suspects remonter dans l’établissement après l’agression et lui déclarer : « N’est-ce pas épouvantable de battre ainsi un pauvre petit vieux. »
Le gérant du Club Eagle, Joseph Acona, est ensuite venu en aide à Payette et a fait prévenir les sergents-détectives Romuald Dubuc et Jacques Fortin. Les deux suspects, Roland Michaud, de Québec, et Lucien Joly, ont été arrêtés. Un témoin a par ailleurs déclaré avoir vu Michaud dérouler un billet de banque froissé avant de le glisser dans la poche de son pantalon.
Au procès, Michaud et Joly ont tous deux proclamé leur innocence. Michaud, qui a reconnu avoir déjà purgé quatre peines de pénitencier, a affirmé qu’il reconnaissait habituellement ses crimes lorsqu’il en était responsable. Lorsqu’il a indiqué qu’il venait de sortir du pénitencier, le juge Amédée Monet lui a répliqué : « Et vous voulez y retourner ? » Michaud a alors soutenu que, cette fois, ni lui ni Joly n’étaient responsables.
Joly a pour sa part affirmé être innocent « parce que la victime n’avait pas de monnaie dans ses poches ». L’argument n’a pas convaincu le tribunal. Le 13 avril 1945, Michaud et Joly ont été déclarés coupables d’avoir battu et détroussé Payette.
Altercation en 1950
Le matin du 13 novembre 1950, une altercation survenue devant le Club Eagle a fait trois blessés. Le propriétaire, Frank Hacela, a été atteint à la jambe. Deux employés ont également été transportés à l’hôpital : Paul Caban souffrait de fractures aux côtes, tandis que Steve Stevens avait été grièvement blessé à la tête.
Johnny Dalazo, âgé de 19 ans, et Armand Delouro, âgé de 21 ans, ont été arrêtés et accusés de voies de fait graves. Ils ont ensuite été remis en liberté après avoir versé une caution de 200 $ chacun.
Retrait du permis d’alcool
Le 4 février 1949, le Club Eagle a perdu son permis de vente d’alcool à la suite d’une descente menée par la Régie des alcools du Québec. Les autorités ont invoqué des « raisons de mœurs », une expression alors employée pour désigner des comportements considérés comme contraires aux normes morales ou sexuelles. Les documents consultés ne précisent toutefois pas la nature exacte des faits reprochés à l’établissement.
L’opération a été ordonnée par Hilaire Beauregard, directeur adjoint de la Sûreté provinciale, et dirigée par l’inspecteur général Norbert Labbé.
Présence dans les réseaux gais
Avant l’apparition des guides gais commerciaux, l’information sur les établissements fréquentés par une clientèle homosexuelle circulait principalement de manière informelle. Des listes d’adresses étaient échangées entre connaissances, transmises de main à main ou envoyées par la poste à des personnes de confiance, dans un contexte où l’homosexualité était fortement stigmatisée et où plusieurs activités sexuelles entre hommes demeuraient criminalisées.
La Lady Jai Recommended List compte parmi les plus anciennes listes connues de ce type en Amérique du Nord. Son édition de 1954 mentionnait plusieurs établissements montréalais, dont le Club Eagle, la Taverne Peel, le Tropical Lounge, le Club Piccadilly, la taverne de l’hôtel Mont-Royal, le Café de la Paix, la Taverne Plateau et la Taverne Altesse.
La présence du Club Eagle dans cette liste destinée aux réseaux homosexuels constitue l’un des principaux éléments permettant de documenter sa fréquentation par une clientèle gaie.
Fermeture
Le Club Eagle a officiellement cessé d’exister le 7 juin 1949.
Café Monarch
Faits divers
Cambriolage en 1960
Le 21 février 1960, le Café Monarch a signalé le vol de 450 $ dans sa caisse enregistreuse. Les auteurs du cambriolage ont également causé d’importants dommages matériels à l’intérieur de l’établissement.
Incendies
Le Café Monarch a été touché par deux incendies majeurs au début des années 1960. Le premier, survenu en 1962, a causé la mort d’un client. Deux ans plus tard, un second sinistre a lourdement endommagé l’immeuble ainsi que les commerces voisins.
Incendie de 1962
Le 26 octobre 1962, peu après 2 h, un incendie s’est déclaré dans le vestiaire du Café Monarch avant de se propager rapidement aux murs et au plafond. Le sinistre a causé la mort d’un client et des dommages matériels estimés à près de 60 000 $.
Eugène Dorais, âgé de 52 ans, a été retrouvé inconscient, affaissé sur une table près de la sortie principale, après la dissipation de la fumée. Les pompiers ont tenté de le ranimer par respiration artificielle jusqu’à l’arrivée d’une ambulance. Il a été déclaré mort à son arrivée à l’hôpital Sainte-Jeanne-d’Arc.
Un autre client, René Cloutier, âgé de 24 ans, a subi des brûlures au poignet. Après avoir quitté l’établissement par ses propres moyens, il s’est effondré dans la rue, incommodé par la fumée, puis a été transporté à l’hôpital Saint-Luc.
Une cinquantaine de pompiers provenant de quatre casernes sont intervenus sur les lieux. Deux lances ont été utilisées pendant environ 40 minutes avant que l’incendie soit maîtrisé.
Incendie de 1964
Le 2 janvier 1964, vers 1 h 40, un important incendie s’est déclaré dans le sous-sol du Montreal Book Store, au 154, rue Sainte-Catherine Est. Les flammes se sont rapidement propagées à l’American Spaghetti House et au Café Monarch, causant d’importants dommages à l’immeuble occupé par les trois commerces.
Près de 70 pompiers provenant de sept casernes ont combattu l’incendie pendant plus de deux heures avant de parvenir à le maîtriser. Un pompier a été légèrement blessé après avoir chuté sur l’asphalte.
Ambiance et émergence du Village gai
À la fin des années 1970 et au début des années 1980, alors que la scène gaie montréalaise se déplaçait vers l’est et que le futur Village prenait forme, le Monarch demeurait un bar plus discret. Il n’avait ni le prestige des grandes discothèques ni l’ambiance des établissements les plus populaires, mais il conservait une clientèle fidèle. Plusieurs habitués y venaient pour les bières bon marché, souvent avant d’aller ailleurs, puis parfois après la fermeture des autres bars. Le dimanche après-midi, alors que peu d’établissements étaient ouverts, le Monarch devenait aussi un lieu de rencontre apprécié.
Le bar était très petit. Un escalier étroit menait presque directement à une petite scène. La piste de danse, au plafond recouvert de papier d’aluminium, offrait peu d’espace et obligeait à danser serré dans une atmosphère enfumée. Les marches étaient très usées et le plancher était légèrement incliné. Selon plusieurs habitués, les verres trop remplis se renversaient facilement. On plaisantait d’ailleurs qu’il n’était pas nécessaire d’avoir bu pour y marcher croche.
Les toilettes faisaient aussi partie du folklore du Monarch. Près des urinoirs, on vendait de petites peluches, tandis qu’un homme surnommé « Madame Pipi » tenait un comptoir où il proposait cigarettes, gomme, bonbons, peignes et poupées en phentex pour cacher les rouleaux de papier hygiénique. Plusieurs témoignages racontent qu’il s’y passait presque autant de choses que dans le bar lui-même.
Infraction
À la fin des années 1980, le Café Monarch a fait l’objet d’une inspection sanitaire qui a révélé plusieurs problèmes d’entretien et de propreté.
En novembre 1988, l’établissement a reçu une amende de 700 $. Le rapport d’inspection mentionnait notamment des étagères recouvertes de linge souillé, des verres mal lavés et un évier en mauvais état.
Les inspecteurs ont également relevé de la poussière et des dépôts dans une armoire réfrigérée, ainsi que des capsules de bière et des morceaux de verre derrière le bar. Les toilettes ont pour leur part été décrites comme sales et dégageant une forte odeur.
Fermeture
Le Café Monarch a fermé ses portes en 1993. La date exacte et les circonstances de sa fermeture demeurent inconnues. Quelques années plus tard, l’immeuble qui l’abritait a été entièrement démoli afin de faire place à un vaste espace commercial.