~1955 à 1988
1278 Saint-André
Déplacement de la scène gaie vers l’est
Condos
Les Ponts de Paris était l’un des cabarets les plus connus du centre-ville dans la seconde moitié du XXᵉ siècle. Le lieu apparaît d’abord sous le nom Aux Deux Canards au milieu des années 1950, avant de devenir Les Ponts de Paris, en 1957. C’était un cabaret très fréquenté par une clientèle mixte : hétéros, gais, lesbiennes, travestis, travailleurs du sexe et habitués du Red Light. Cette diversité faisait partie de sa signature et en a fait un point de repère important pour plusieurs communautés marginalisées.
Dès la fin des années 1950 et pendant les décennies 1960 et 1970, Les Ponts de Paris devient un lieu particulièrement significatif pour les femmes lesbiennes. La salle était généralement organisée de façon informelle : les lesbiennes prenaient place à gauche de la scène, les hétéros et les hommes gais à droite, tandis que les clients cherchant des « services » s’installaient au bar.
Beaucoup de témoignages soulignent que c’était un des rares endroits où les lesbiennes pouvaient socialiser sans être constamment surveillées ou importunées, même si des voyeurs y rôdaient à l’occasion. On y organisait des mariages symboliques, on fêtait des anniversaires, on créait des amitiés solides. C’était un espace de rencontre, de protection et de solidarité, à une époque où très peu de lieux accueillaient réellement les femmes lesbiennes et leur offraient un minimum de sécurité et de liberté.
On raconte notamment que les équipes de balle molle féminines y passaient souvent après leurs matchs pour prendre une bière, et que, dans les années 70, une préposée tenait les toilettes et vendait des petits articles comme de la gomme et des bonbons.
Le cabaret a été marqué par un fait divers tragique : en 1963, le propriétaire et figure bien connue du milieu, André Geoffroy, surnommé le « Roi de la Main », est assassiné à l’intérieur du bar. L’établissement, toutefois, ne ferme pas. Il continue ses activités encore pendant plus de vingt ans.
À partir des années 1980, le secteur du Red Light change rapidement. Plusieurs cabarets ferment, les loyers augmentent et la vie LGBTQ+ se déplace progressivement vers Sainte-Catherine Est, qui deviendra le cœur du Village. Comme plusieurs établissements de sa génération, Les Ponts de Paris perd en fréquentation, puis ferme en 1988.

