Histoire
Maison de jeu clandestine
Infractions
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Club Lafayette
Faits divers
Altercation en 1937
Le 19 janvier 1937, Joseph Lapierre, âgé de 30 ans, est grièvement blessé au cours d’une altercation survenue au Club Lafayette. Transporté à l’hôpital Saint-Luc par la police, il présente de profondes coupures et lacérations au visage et à la tête. Une cinquantaine de points de suture doivent être pratiqués au nez et au cuir chevelu, et son état est jugé sérieux.
En route vers l’hôpital, Lapierre affirme avoir été blessé lors d’une « bagarre entre amis » et avoir reçu un coup à la tête. Une enquête est ouverte par le Bureau des détectives, mais aucune arrestation n’est immédiatement effectuée, les policiers attendant alors l’évolution de son état.
Infractions
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Fermeture
En 1938, l’immeuble qui abrite le Club Lafayette s’effondre, mettant fin aux activités de l’établissement. Les archives consultées ne permettent pas d’établir la date précise, la cause ni les circonstances de l’effondrement. Dès décembre 1938, le terrain est réoccupé par le fleuriste La Patrie, installé au 168, rue Sainte-Catherine Est, qui y aménage une vaste serre à l’emplacement même de l’ancien club.
Club Eagle
Ouverture
En 1939, le Club Eagle s’installe au deuxième étage d’un nouvel immeuble construit à côté de l’ancien emplacement. Il reprend l’adresse du 162, rue Sainte-Catherine Est, maintenant ainsi la vocation nocturne du lieu malgré le changement de bâtiment et de propriétaire.
Infractions
Au Québec, la vente et le service des boissons alcoolisées sont alors soumis à une réglementation stricte. Selon la catégorie de permis détenue, certains établissements ne peuvent servir de l’alcool qu’avec un repas, tandis que la vente de spiritueux exige une autorisation particulière. La Régie des alcools mène régulièrement des inspections et engage des poursuites contre les tenanciers qui contreviennent à ces dispositions.
Le 12 février 1942, cinq exploitants comparaissent en cour pour avoir vendu de l’alcool fort sans autorisation ou pour avoir servi des boissons sans offrir le repas obligatoire. Parmi eux figure J.-H. Hamilton, présenté comme le propriétaire du Club Eagle.
Hamilton reconnaît les infractions. Comme un autre tenancier ayant également plaidé coupable, il reçoit une amende de 50 $, à laquelle s’ajoutent les frais judiciaires, ou une peine de 30 jours de prison en cas de défaut de paiement. Les trois autres exploitants contestent les accusations et leur procès s’en suit.
Faits divers
Cambriolage de 1944
Le matin du 15 août 1944, Joseph Hocala, alors propriétaire de l’établissement, constate que des voleurs se sont introduits dans les locaux par l’escalier de secours. Ils emportent 250 $, ainsi que des cigarettes et des boissons alcoolisées évaluées à environ 90 $.
Altercation de 1950
Le matin du 13 novembre 1950, une altercation survenue devant le Club Eagle fait trois blessés. Le propriétaire, Frank Hacela, est atteint à la jambe. Deux employés sont également transportés à l’hôpital : Paul Caban souffre de fractures aux côtes, tandis que Steve Stevens est grièvement blessé à la tête.
Johnny Dalazo, âgé de 19 ans, et Armand Delouro, âgé de 21 ans, sont arrêtés et accusés de voies de fait graves. Ils sont ensuite remis en liberté après avoir versé une caution de 200 $ chacun.
Item #6
Années 1940 et 1950
Le Café Monarch constitue l’un des principaux lieux de sociabilité gaie à l’est du boulevard Saint-Laurent.
Retrait du permis d’alcool
Le 4 février 1949, le Club Eagle perd son permis de vente d’alcool à la suite d’une descente de la Régie des alcools du Québec. Les autorités invoquent des « raisons de mœurs », une expression alors utilisée pour désigner des comportements jugés contraires aux normes morales ou sexuelles. Les documents consultés ne précisent toutefois pas les faits reprochés à l’établissement.
L’opération est ordonnée par Hilaire Beauregard, directeur adjoint de la Sûreté provinciale, et dirigée par l’inspecteur général Norbert Labbé.
Référencement dans les réseaux homosexuels
Avant l’apparition de guides gais commerciaux, l’information sur les établissements fréquentés par une clientèle homosexuelle circule principalement de manière informelle. Des listes d’adresses sont transmises entre connaissances, de main à main ou envoyées par la poste à des personnes de confiance. Elles permettent de partager cette information dans un contexte où les relations homosexuelles sont criminalisées et fortement stigmatisées.
La Lady Jai Recommended List compte parmi les plus anciennes listes connues de ce type en Amérique du Nord. Son édition de 1954 mentionne plusieurs établissements montréalais, dont le Club Eagle, la Taverne Peel, le Tropical Lounge, le Club Piccadilly, la taverne de l’hôtel Mont-Royal, le Café de la Paix, la Taverne Plateau et la Taverne Altesse.
La présence du Club Eagle dans une liste d’adresses destinée aux réseaux homosexuels constitue l’un des principaux éléments permettant de documenter sa fréquentation par une clientèle gaie au début des années 1950.
Café Monarch
Faits divers
Cambriolage de 1960
Le 21 février 1960, le Café Monarch signale le vol de 450 $ dans sa caisse enregistreuse. Les auteurs du cambriolage causent également d’importants dommages matériels à l’intérieur de l’établissement.
Incendies
Le Café Monarch est touché par deux incendies majeurs au début des années 1960. Le premier, survenu en 1962, entraîne la mort d’un client. Deux ans plus tard, un autre sinistre endommage lourdement l’immeuble et les commerces voisins.
Incendie de 1962
Le 26 octobre 1962, peu après 2 h, un incendie se déclare dans le vestiaire du Café Monarch, avant de se propager rapidement aux murs et au plafond. Le sinistre cause la mort d’un client et des dommages matériels estimés à près de 60 000 $.
Eugène Dorais, âgé de 52 ans, est retrouvé inconscient, affaissé sur une table près de la sortie principale, après la dissipation de la fumée. Les pompiers tentent de le ranimer par respiration artificielle jusqu’à l’arrivée d’une ambulance. Il est déclaré mort à son arrivée à l’hôpital Sainte-Jeanne-d’Arc.
Un autre client, René Cloutier, âgé de 24 ans, subit des brûlures au poignet. Après avoir quitté l’établissement par ses propres moyens, il s’effondre dans la rue, incommodé par la fumée, puis est transporté à l’hôpital Saint-Luc.
Une cinquantaine de pompiers provenant de quatre casernes interviennent sur les lieux. Deux lances sont utilisées pendant environ 40 minutes avant que l’incendie soit maîtrisé.
Incendie de 1964
Le 2 janvier 1964, vers 1 h 40, un important incendie se déclare dans le sous-sol du Montreal Book Store, au 154, rue Sainte-Catherine Est. Les flammes se propagent rapidement à l’American Spaghetti House et au Café Monarch, causant d’importants dommages à l’immeuble abritant les trois commerces.
Près de 70 pompiers provenant de sept casernes combattent l’incendie pendant plus de deux heures avant de parvenir à le maîtriser. Un pompier est légèrement blessé après avoir chuté sur l’asphalte.
Ambiance et émergence du Village gai
À la fin des années 1970 et au début des années 1980, alors que la scène gaie montréalaise se déplace progressivement vers l’est et que le futur Village commence à prendre forme, le Monarch demeure un peu en retrait.Il n’a ni le prestige des grandes discothèques ni l’exubérance des bars les plus courus, mais il conserve une clientèle fidèle. On y vient notamment pour les bières bon marché, souvent en début de soirée pour « se faire un rond » avant d’aller ailleurs, puis parfois de nouveau après la fermeture des autres établissements. Le dimanche après-midi, alors que peu de bars sont ouverts, le Monarch devient aussi un point de rencontre apprécié.
L’endroit est minuscule. Au sommet d’un escalier étroit, les clients arrivent presque directement devant une petite scène. Le plafond de la piste de danse est recouvert de papier d’aluminium et, dans l’air enfumé, le manque d’espace oblige à danser serré. Les marches sont creusées par des décennies de passage. Selon plusieurs témoignages, le plancher est si incliné que les verres trop remplis se renversent facilement sur les tables. Les habitués plaisantent qu’il n’est même pas nécessaire d’avoir bu pour y marcher croche.
Les toilettes font elles aussi partie du folklore du lieu. De petites peluches sont vendues près des urinoirs, tandis qu’un homme surnommé « Madame Pipi » par les habitués tient un comptoir où il propose des cigarettes, de la gomme, des bonbons, des peignes et des poupées en phentex destinées à dissimuler les rouleaux de papier hygiénique. Plusieurs témoignages rapportent qu’il s’y passe presque autant de choses que dans le bar lui-même.
Infraction
À la fin des années 1980, le Café Monarch fait l’objet d’une inspection sanitaire qui révèle plusieurs problèmes liés à l’entretien et à la propreté de ses installations.
En novembre 1988, une inspection sanitaire vaut à l’établissement une amende de 700 $. Le rapport mentionne notamment des étagères recouvertes de linge souillé, des verres mal lavés et un évier en mauvais état.
Les inspecteurs relèvent également la présence de poussière et de dépôts dans une armoire d’entreposage frigorifique, ainsi que des capsules de bière et des morceaux de verre derrière le bar. Les toilettes sont pour leur part décrites comme sales et dégageant une forte odeur.
Fermeture
La date exacte et les circonstances de la fermeture du Café Monarch demeurent inconnues. En 1995, l’immeuble qui l’abritait est entièrement démoli afin de faire place à un vaste espace commercial.