~1968 à 1984
1250 Stanley
Chute de fréquentation après une descente policière
Local commercial à louer
Le Bud’s était l’un des bars centraux de la scène gaie du centre-ville de Montréal, dans ce qu’on appelait le West Village, autour des rues Stanley, Peel et Sainte-Catherine Ouest. Il se trouvait juste à côté de grands lieux nocturnes comme le Limelight et Le Jardin. Ce secteur était, avant l’essor du Village de l’est, le cœur de la vie gaie montréalaise.
Dès la fin des années 1960, le Bud’s est déjà répertorié dans les premiers guides gais nord-américains. Une carte publiée en 1973 par The Body Politic le présente sous le nom « Bud’s Bar Salon, et le classe comme un bar cuir, fréquenté par des hommes, sans danse permise. Cette mention reflète bien les lois de l’époque, où danser entre hommes pouvait être considéré comme un « acte indécent ».
Dans les témoignages oraux et écrits, le Bud’s est décrit comme un endroit très animé, souvent plein après minuit, avec une clientèle jeune, masculine, parfois bruyante, et une ambiance assez détendue. Plusieurs récits racontent que lorsque les tavernes de la Main fermaient à minuit, beaucoup de clients se dirigeaient ensuite vers Stanley pour finir la soirée au Bud’s ou dans les bars voisins. Devant le bar, les soirs de grande affluence, il n’était pas rare que des dizaines voire une centaine de personnes se retrouvent sur le trottoir, verres à la main, assises sur des voitures stationnées, ce qui donnait à la rue une atmosphère très particulière et très vivante.
Une anecdote revient souvent dans les souvenirs des clients de l’époque : les toilettes. Bud’s était connu pour ses allées étroites, son miroir fendu et un va-et-vient constant dans les cabines. Plusieurs se rappellent que les conversations importantes de la soirée se passaient là, plus que dans la salle principale. On parle aussi d’un barman reconnu pour « servir plus fort aux habitués » et d’un jukebox qui coinçait toujours sur les mêmes chansons. Certains racontent que lors des grosses foules du samedi, la vapeur d’hiver qui sortait des manteaux mouillait littéralement les murs.
Comme tous les bars gais du centre-ville à cette période, le Bud’s a été visé par des descentes policière dans le cadre des opérations de « moralité » lancée par la Ville de Montréal. Une descente policière est documentée en juin 1981. Tôt le matin, un groupe d’environ une quinzaine de policiers entre dans le bar dans le cadre des opérations de « moralité » menées alors contre les établissements gais du centre-ville. Les clients sont surpris en pleine fin de nuit : on procède à des contrôles d’identité, certains sont retenus ou interrogés, et le bar reçoit un avertissement officiel. Ce type d’intervention, fréquent à l’époque, visait à maintenir une pression constante sur les bars gais et à décourager leur fréquentation.
Le moment le plus important de son histoire est toutefois la descente du 1er au 2 juin 1984. Cette nuit-là, environ 75 policiers entrent dans le Bud’s et procèdent à plus d’une centaine d’arrestations (selon les sources : entre 122 et 188 personnes) pour « grossière indécence »et « maison de débauche ». Le lendemain, environ 600 personnes manifestent dans les rues pour dénoncer la répression. L’événement est reconnu comme la première manifestation gaie publique à Montréal.
Pour beaucoup, cette nuit-là marque la fin de l’ère du West Village. La réputation du Bud’s s’effondre, la clientèle disparaît et le bar ne se remettra jamais de la pression policière constante qui suit. Bud’s ferme dans la foulée, peu de temps après la rafle. Le bar devient rapidement un symbole de la répression policière des années 80.


