>1954 – 1984+
1415 Boulevard St-Laurent
Déclin des tavernes traditionnelles
Surplus International
La Taverne de Montréal se trouvait au cœur de la Lower Main, juste au nord de Sainte-Catherine. Son nom apparaît dans l’annuaire Lovell de 1954, ce qui confirme qu’elle était déjà active à cette période. L’intérieur ressemblait à de nombreuses tavernes de la Main : un long espace étroit, une lumière faible, du mobilier simple et une façade en partie faite de verre de brique. Rien de clinquant, rien de moderne. Cette simplicité attirait beaucoup d’hommes, particulièrement ceux qui ne se reconnaissaient pas dans les bars plus chics du centre-ville. Pour plusieurs, c’était l’un des rares lieux où l’on pouvait être soi-même sans attirer l’attention.
On y retrouvait une clientèle très variée : des hommes plus âgés, des travailleurs du sexe, des habitués, des curieux, et d’autres qui passaient simplement pour changer d’air. La Taverne de Montréal était aussi connue comme un point de rencontre pour les hustlers : de jeunes hommes, souvent sans beaucoup de ressources, qui cherchaient des clients ou du travail. Le bar offrait un environnement où ces échanges étaient possibles sans être trop exposés.
Au début des années 1970, plusieurs guides gais répertorient la taverne comme un lieu fréquenté par les hommes gais. Cela confirme sa place dans le réseau plus large de bars masculins du secteur, avec des établissements comme l’Altesse, le Plateau et l’Oriental. Avant que le Village ne se développe à l’est, c’est ici, dans ce quartier populaire et un peu chaotique, que se concentrait une grande partie de la vie gaie montréalaise.
Comme plusieurs établissements de la Main, la taverne était confrontée aux tensions du milieu. Des témoignages évoquent de l’intimidation par des groupes criminels et même des violences envers le propriétaire. Ces éléments n’étaient malheureusement pas rares dans un quartier où le crime organisé tentait parfois de prendre le contrôle d’établissements lucratifs. En 1975, la Taverne de Montréal est mentionnée dans les audiences publiques de la Commission Dutil, qui enquêtait sur le crime organisé à Montréal. Sa présence dans ces documents montre qu’elle faisait partie d’un environnement où nightlife, marginalité, prostitution et intervention policière se croisaient régulièrement.
Malgré ce contexte difficile, la Taverne de Montréal jouait un rôle très réel pour un grand nombre d’hommes. C’était un lieu simple, accessible, où l’on pouvait se sentir moins seul, trouver quelqu’un avec qui parler ou simplement exister dans un espace où sa présence ne posait pas problème. Dans les années 60 et 70, bien avant l’apparition d’un Village gai officiel, ce type de taverne étaient souvent les seuls lieux où les hommes gais pouvaient se retrouver sans trop de risques.

